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L’investissement est au cœur des préoccupations du Plan Maroc Vert —Akhannouch

Aziz AkhannouchAziz Akhannouch est nommé Ministre de l’Agriculture et de la Pêche Maritime en 2007 par Sa Majesté le Roi Mohamed VI, renommé à la tête du même ministère, pour la deuxième fois successive, le 3 janvier 2012.

Parallèlement à ses fonctions ministérielles, M. Akhannouch a assumé plusieurs responsabilités associatives et managériales. Il est ainsi membre du bureau de la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM), Administrateur de la BMCE-Bank et Administrateur de la Fondation Academia. Il a également été administrateur de Bank Al Maghrib. Il  a egalement  présidé le Groupement des Pétroliers du Maroc (GPM). En 1999, il a fait partie du Groupe de réflexion auprès de feu S.M le Roi Hassan II, communément appelé G14. Entre 2003 et 2007, il a été président du Conseil Régional de Souss Massa Draa.

Né en 1961 à Tafraout, Il a fait ses études primaires et secondaires dans sa ville natale. Après le baccalauréat, il effectue son cursus Universitaire au Canada, à l’université de Sherbrooke où il obtient un MBA en management en 1986. Il retourne au Maroc au milieu des années 1990 et s’implique dans les affaires familiales. Il est d’ailleurs Président d’Akwa-Group, un holding qui regroupe une cinquantaine de sociétés spécialisées dans la distribution pétrolière, la communication et les services.

Dans cet entretien avec AnnualMeetings Daily, Monsieur le Ministre parle de la politique agricole du Maroc, sa contribution à l’économie nationale, mais particulièrement le Plan Maroc Vert  qui a eu un impact positif dans le pays. Il parle également de l’eau d’irrigation, produits de la mer, le rôle de l’agriculture dans la réduction de la pauvreté et la création d’emplois, entre autres choses. Extraits.

Comment évaluez-vous la politique agricole du gouvernement marocain ?

Le Maroc s’est doté depuis 2008, grâce à la vision éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’Assiste, de la nouvelle stratégie agricole baptisée Plan Maroc Vert (PMV), qui s’est fixée pour objectif d’ériger le secteur agricole en véritable levier de développement socioéconomique du pays.

A mi-parcours après 5 ans de mise en œuvre, le Plan Maroc Vert a d’ores et déjà changé l’agriculture marocaine et a posé les fondements d’un nouvel ordre agraire. Notre taux de mécanisation a ainsi bondi de 5 à 7 tracteurs pour 1 000 hectares, qui est la norme de la FAO en la matière, les rendements ont augmenté de 6 à 56% pour nos principales filières de production qui constituent plus de 81% de la Superficie Agricole Utile, la superficie cultivée a augmenté de plus de 750 milles hectares passant à 7,850 millions d’hectares, notre politique d’économie d’eau nous a permis d’atteindre des résultats tels que, pour l’olivier par exemple, le doublement du rendement par m³ d’eau utilisée passant de 0,3 kg/m³ à 0,6 kg/m³. Tout cela, couplé à la refonte du cadre de développement agricole, nous a permis d’accroître notre production agricole de plus de 43% et le PIB Agricole est passé de 74 à plus de 100 milliards de dollars. Ainsi, la disponibilité alimentaire par habitant a crue de 14% en 5 ans et nous avons pu atténuer la volatilité des prix des produits alimentaires puisque notre indice de stabilité des prix n’a augmenté que de 13% contre 33% en moyenne pour le reste du monde sur la période 2008-2012.

De plus, rompant avec les dichotomies du passé, le Plan Maroc Vert a fait la part belle à l’agriculture solidaire afin de rééquilibrer les systèmes de production entre la grande et la petite agriculture et associer la petite agriculture familiale au développement. En effet, avec plus de 45% de la population qui vit en zones rurales et dont l’activité économique principale est l’agriculture pour plus de 85% de cette population, les projets agricoles sont les principaux moteurs de développement socio-économique permettant de lutter durablement contre la pauvreté. Grâce, notamment, à la reconversion des cultures extensives vers l’arboriculture nous visons l’augmentation des revenus des populations rurales de façon pérenne. A ce jour ces projets ont bénéficié à plus de 252 000 personnes pour une superficie de 314 000 hectares.

 Les experts disent que les conditions climatiques, peu favorables, auraient conséquences graves pour la sécurité alimentaire mondiale. Comment vous êtes positionné pour faire face à cette problématique ?

Effectivement, les changements géo climatiques auxquels nous assistons, couplés à la raréfaction de nos ressources naturelles nous ont fait prendre conscience de notre impérieux devoir d’allier le souci immédiat de nourrir la population à des considérations plus lointaines de viabilité écologique. Ainsi, le Plan Maroc Vert a été construit avec les agriculteurs et les interprofessions pour être une révolution agricole verte. Nous avons donc intégré une série de mesures fondamentales pour notre avenir au titre desquelles nous pouvons citer tout d’abord le Plan National d’Economie d’Eau en Irrigation (PNEEI). Ce plan vise à l’horizon 2020 la reconversion de plus de 550 000 hectares de terres irriguées aux techniques économes en eau : l’irrigation localisée. Cela nous permettra à terme d’économiser annuellement plus de 1,4 milliards de m³ d’eau. Fin 2012, plus de 333 000 hectares étaient déjà équipés et nous atteindrons les 370 000 hectares à la fin de cette année. Pour l’olivier par exemple, nous avons ainsi pu passer d’une consommation de 7 500 m³ d’eau par hectare à 6 000 m³ tout en doublant la production par m³ d’eau consommée. Nous poursuivons également, au titre de l’agriculture solidaire, un plan très ambitieux de reconversion de près de 20% de la sole dédiée aux cultures extensives vers l’arboriculture avec la plantation de plus de 12 millions d’arbres par an. En plus des conséquences positives pour la préservation de nos ressources naturelles, en particulier des sols, ce plan permet de rendre nos agriculteurs moins résilients à la sécheresse. La composante adaptation aux changements climatiques dans nos projets d’agriculture solidaire est donc fondamentale car nous voulons que ces projets s’inscrivent de façon durable et intégrée dans une économie viable. D’ailleurs ces efforts sont reconnus à l’international et nous venons de recevoir un don de 6,44 millions de dollars par le Fonds pour l’Environnement Mondial (le GEF) pour renforcer nos actions portant sur la gestion durable des terres et de la biodiversité au niveau de certaines régions arides et semi-arides du Royaume.

 Quelle a été la contribution du secteur agricole dans le développement de l’économie marocaine ?

Les premiers résultats économiques montrent que les principes et les programmes du Plan Maroc Vert se traduisent par de meilleures performances qui confortent ses ambitions. Le secteur agroalimentaire représente 19% du PIB et grâce aux effets de notre stratégie, nous avons pu mesurer au cours de la campagne 2011/2012 que l’impact d’une année de sécheresse sur le PIB agricole n’est plus que d’environ 8% contre des niveaux allant de 15 à 21% sur la dernière quinzaine d’année. Donc malgré la variation des conditions climatiques, le secteur agricole permet toujours plus de création de valeur qui sera à hauteur de 143 milliards en 2013, représentant plus de 23 milliards de valeur ajoutée additionnelle. En termes d’emploi, le secteur agricole est le principal contributeur avec 45% de la population active et nous avons contribué depuis 2008 à la création de plus de 23 millions de journées de travail, soit l’équivalent de 77 000 emplois permanents. Les exportations agricoles représentent plus de 10% des exportations globales et nous sommes le 3ème exportateur mondial de conserves d’olives et le 4ème pour les tomates. Nous contribuons également à la diversification de nos débouchés par l’accroissement de nos exportations vers l’Amérique du Nord et la Russie.

Enfin, le Plan Maroc Vert est l’un des principaux contributeurs des investissements dans l’économie marocaine avec une levée de plus de 53 milliards de dirhams de 2008 à 2012, permettant une très nette amélioration de l’Indice d’Orientation Agricole du pays en ramenant la part des investissements dans notre secteur au même niveau que notre contribution au PIB. Le capital par travailleur agricole a ainsi bondi de plus de 18% ce qui pose les bases d’un développement pérenne pour notre économie.

 Existe-t-il des possibilités d’investissement pour les investisseurs étrangers dans le secteur de l’agriculture et des pêches au Maroc ? Et quelles sont les mesures incitatives pour les investisseurs désireux d’investir dans le secteur ?

L’investissement est au cœur des préoccupations du Plan Maroc Vert. Il est même essentiel à la réussite de notre stratégie dont le bien fondé nous a permis d’augmenter les investissements publics-privé de plus de 117% entre 2008 et 2013. L’investissement public et le système d’incitations a permis de générer dans son sillage une augmentation de plus de 90% des investissements privés sur cette période. Par ailleurs les bailleurs de fonds nationaux et internationaux nous accompagnent avec des financements atteignant plus de 12,3 milliards de dirhams, dont 43% en dons.

L’offre agricole marocaine est bâtie pour des investisseurs nationaux et internationaux. Pour les stimuler nous mettons d’ailleurs régulièrement du foncier à disposition à travers les partenariats public privé, les opportunités d’agrégation de terrains agricoles ou encore les agropoles, véritables plateformes industrielles dédiées à la valorisation et à la commercialisation des produits agricoles.

Concernant les produits de la mer, nous avons construit une offre autour de l’aquaculture dédiée aux investisseurs nationaux et étrangers. Le cadre légal est en cours de constitution mais nous avons d’ores et déjà créé l’Agence nationale pour le Développement de l’Aquaculture qui sera notamment chargée de les accompagner. Des pôles de compétitivité de la pêche sont également en cours de création pour accueillir les industriels nationaux et étrangers qui souhaitent investir dans la valorisation des produits de la mer.

Enfin, la signature de plusieurs accords commerciaux avec des partenaires de premier plan à travers le monde (UE, USA, Afrique, pays arabes, etc.) permettent aux investisseurs de disposer d’un éventail de marchés pour ses exportations et/ou son approvisionnement.

 Le chômage est très élevé en Afrique et 40 % de la main-d’œuvre au Maroc est employée dans le secteur agricole. Dans quelle mesure ceci peut améliorer la situation ?

Le chômage est en effet un grand challenge pour notre continent, en particulier le chômage des jeunes.

Je voudrais préciser qu’au Maroc le secteur agricole représente 45% de la population active. Nous sommes donc le principal secteur pourvoyeur d’emploi. Depuis le lancement du Plan Maroc Vert nous avons contribué à créer encore plus d’emplois, l’équivalent de 77 000 emplois permanents. L’augmentation du capital investi par travailleur agricole, notre politique de construction d’unités de valorisation des produits agricoles et notre politique de reconversion des cultures extensives dans l’arboriculture permettent de lutter contre la précarité en stabilisant ces emplois, en particulier en milieu rural.

Le Plan Maroc Vert accorde également une très grande importance au système d’enseignement supérieur et de formation en améliorant et adaptant sans cesse notre système pédagogique et nos cursus de formation.

 Comment décririez-vous les défis qu’affronte ce secteur ?

Nous affrontons beaucoup de défis, à la mesure de l’importance de notre secteur dans notre économie. Tout d’abord nous devons garder le même niveau d’investissement que nous avons connus depuis l’avènement du Plan Maroc Vert pour inscrire notre développement dans la durée.

Il est également important que nous puissions trouver toujours plus de débouchés à l’international afin de pouvoir doubler nos exportations d’ici 2020 et contribuer au redressement de notre balance commerciale.

Nous devons continuer à lutter contre la pauvreté par la création de valeur dans le monde rural et les zones de montagne : organiser professionnellement les acteurs, leur permettre de générer plus de revenus, leur garantir les minimas sociaux, tout cela peut se faire autour de moteurs économiques de développement que représentent en majeure partie les projets agricoles.

Enfin, notre impérieux devoir est la consolidation de la sécurité alimentaire du Royaume dont la population est en constante croissance avec une composante urbaine de plus en plus importante ; par conséquent nous devons mettre tout en œuvre pour une croissance durable de notre secteur. Mais, construire une agriculture à la fois plurielle et intégrée dans un même système économique demande du temps et surtout une vision et un engagement partagés.

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